Photo Audio Text Multimedia
     

Les coiffeurs de Pretoria

Emelyne Muhorakeye/ Radio TV Renaissance/ Twenty Ten

Associated features: Les Coiffeurs Burundais (Audio feature), Burundian Hairdressers (Photo feature)

SCRIPT SUR LES COIFFEURS BURUNDAIS TRAVAILLANT DANS LA RUE

Ambiance dans les rues de Pretoria

Emelyne : Pretoria, la capitale politique de l'Afrique du Sud, est l'un des endroits que certains immigrés venus de différents coins d'Afrique ont choisi pour s'etablir comme coiffeurs de rues.

Dans ce domaine, les Burundais semblent dominer en termes de nombre et de distribution. On les trouve aussi à Johannesburg, dans les quartiers comme Hillbrow, Rosetenville, Bertrams...où la petite tente verte caractéristique de leur commerce a fait place au salon classique. Une indication que pour certains d'entre eux, les affaires commencent à bien marcher.

Le parcours n'a pas été facile. Pour beaucoup, il ressemble à celui de Kassim HAKIZIMANA qui a fui le Burundi en 1994 au début de la guerre civile pour trouver refuge en Afrique du Sud. A son arrivee, il n'eut que le choix de se lancer dans la coiffure, qui fut son gagne-pain jusqu'aux attaques xénophobes de 2008 où il perdit tout ce qu'il avait acquis comme matériel de coiffure. Après ces attaques, il fut, comme beaucoup d'autres, conduit dans une maison d'accueil pour sans abri, d'ou il n'est sorti que récemment pour tenter, avec une tente empruntée à un ami, de revenir aux affaires.


Bruit de la tondeuse

Kassim : « Moi rafiki yangu njo aniliwonaga akaniyambiyaga njo basi toka uko ubanze tena vie yako njo nikakuya apa, njo unaniwona niko apa ».

Traduction : « C'est un ami qui a vu mon état et m'a demandé de quitter les lieux pour commencer ma vie et je suis venu ici. C'est pourquoi tu me vois ici ».

Emelyne : Kassim a installé sa tente à l'angle de Skading et Vandervalt street. A l'intérieur on y trouve son matériel de travail, composé essentiellement d'une tondeuse, d'un désinfectant, d'une brosse, ainsi que d'une blouse pour les clients. A l'extérieur, la tente de Kassim arbore une pancarte qui propose des styles variés de coiffures d'hommes. Une peinture très populaire faite par un designer burundais.

Kassim : « Salon yamu yamu nyumba nilikuwa nayo, iyi salon niko hapa siyo hayikuwa salon yangu, nilikuwa ni bitu vyama xenophobia nini bakacukuwa bitu byote tukayennda mu kambi ».

Traduction : « J'avais mon propre salon chez moi, celui-ci n'est pas le mien. Lors des attaques xenophobes , Les sud Africains sont venus chez moi et ont tout pris. Nous nous sommes réfugiés dans les maisons pour sans abri ».

Bruits de la rue où travaille Justin

Emelyne : Justin Byamungu est un autre burundais qui s'est établi à l'angle de Selius et Reseek streets dans sa petite tente verte où on peut remarquer la même peinture sur les styles de coiffures que celle trouvée chez Kassim, Quand je suis arrivée sur son lieu de travail, il était entrain de réparer sa tondeuse. Je me retrouve devant un jeune homme qui a perdu ses illusions de départ lorsqu'il est arrivé en 2009. Travailler comme coiffeur dans la rue ne rapporte pas comme avant et avec 10 rands par coiffure, il devient difficile de joindre les deux bouts du mois.

Justin : « Kwa kweli ba kiliya kwa sasa, zamani njo bakiliya balikuwa alakini kwa leo nawona shinda ya bitu wa tanu bitu wa ine. Mbere bako batulipa 20 rands kwa sasa inakuwa 10 rands. Kwa kweli maisha anakuwa cini sana ».

Traduction : « Avant les clients étaient plus nombreux mais actuellement c'est seulement quatre à cinq clients par jour. Avant ils nous payaient 20 rands mais maintenant c'est 10 rands. Vraiment la vie devient difficile ».

Emelyne : La baisse des prix et le manque de clients ne sont pas les seuls problèmes auxquels font face ces coiffeurs burundais. Obligés de travailler dans la clandestinité sans licence, ils sont la cible de la police. Papy Havyarimana qui travaille sur Wyland street en a déjà fait la triste expérience, il doit à chaque fois soudoyer la police afin de continuer son petit commerce.

Papy : « Ngize ivyashala vyo mw'ibarabara aba metro everyday bakaza kutuderanja badusaba licence tudafise licence tukabariha. Tubarishe bakatureka, bakagenda kandi bakagaruka bakaza kandi ».

Traduction : « Avec mon petit commerce dans la rue, les policiers viennent tous les jours pour me demander une licence et je les paie un petit quelque chose pour qu'ils me laissent tranquilles. Ils repartent mais pour revenir le lendemain ».

Emelyne : En quittant le Burundi, Papy Havyarimana n'a pas fui la guerre. Il a juste voulu suivre les pas de son grand frère qui s'était installé en Afrique du Sud avant lui. Mais après 4 ans et demie de galère, Papy a du déchanter. Quand je lui demande s'il avait l'intention d'appeler des personnes de sa famille pour qu'elles viennent s'établir en Afrique du Sud comme son frère l'a fait pour lui, la réponse est claire.

Papy : « Boguma hariya nkaronka nkagenda aca hamwe nkabarungikira amahera, Arakini sinokunda ko boza muri ubu buzima nanje sindabunezerejwe na gakeyi ».

Traduction : « Je préfère qu'ils restent là bas et que je leur envoie de l'argent. Je ne veux pas qu'ils viennent dans cette vie misérable dont moi même je ne suis pas fier ».

Emelyne : Un avis partagé par Justin qui regrette presque d'avoir quitté son pays.

Justin : « Kwa maisha mbayo mimi niko nayo siwezi souhaiter ba ndugu yangu bakuye kwasababu miye mpaka ivi maisha inanishinda mimi mwenyewe ».

Traduction : « A voir la vie que je mène, je ne souhaite pas que mes amis viennent, parce que moi même je ne m'en sors pas ».

Emelyne : Même si le métier de coiffeur de rues ne semble pas rapporter beaucoup à ces burundais, il peut être pour eux un début pour réussite en Afrique du Sud. Mossi Nsengiyumva en est la preuve vivante. Installé en Afrique du Sud depuis 3ans, Mossi a eu des débuts difficiles. De gardien à coiffeur de rue, il a pu s'organiser et aujourd'hui, il a ouvert son propre salon de coiffure sur Ines street, le VIP. Un cas plutôt rare a Pretoria.

Son d'ambiance du salon : musique qui passe à la radio

Mossi : « Turya two mw'ibarabara turafise amahera natwo nyene, urashobora kuronka amahera yawe yo kwifasha no kurungika muhira. Vyaranteje imbere mbona yuko ndashobora kukagurisha ndakagurisha. Ndagura imodoka ya transport gusa».

Traduction : « Les petits salons de rues rapportent aussi de l'argent qui peut te faire vivre mais que tu peux également envoyer à ceux qui sont restés au pays. J'ai pu évoluer et vendre mon peti salon de rue et j'ai acheté une voiture de transport ».

Emelyne : Les coiffeurs de rues burundais espèrent eux aussi aller de l'avant comme Mossi mais aujourd'hui, ils semblent beaucoup plus préoccupé par la rumeur faisant état de nouveaux actes xénophobes de la part des sud africains après la coupe du monde.

Papy : « Iminsi yose batubwira bati after 2010 you can go home, I don't know what to going home about? »

Traduction : « Tous les jours ils nous disent qu'après la coupe du monde, vous retournerez chez vous. Je ne comprends pas».

Emelyne : Malgré les mauvaises conditions dans lesquelles ils vivent, les coiffeurs de rue burundais ne baissent pas les bras pour autant. Papy projette de faire du business entre l'Afrique du Sud et le Burundi, Justin espère un jour avoir assez d'argent et des papiers de séjour pour reprendre les études. Quant à Kassim, il rêve du jour où il pourra rouvrir un bon salon.

Ambiance dans les rues de Pretoria

  Go to Page:
No Images found.
  Go to Page: