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Les Burundais de (EM)

Emelyne Muhorakey / Radio TV Renaissance / Twenty Ten

SCRIPT

« LES BURUNDAIS DE DURBAN »

Lieu: Durban, Afrique du Sud


Chapeau

La guerre civile qui a secoué le Burundi durant 15 ans, la crise politique et socio-économique que traverse ce pays en ce moment ont poussé beaucoup de burundais à quitter leur pays natal et à immigrer vers l'extérieur pour trouver la sécurité et les opportunités de travail qui faisaient défaut chez eux. L'Afrique du Sud, pays hôte de la coupe du monde 2010, reste une des destinations pour ces burundais qui y vont surtout pour chercher du travail même si une partie d'entre eux partent là bas pour s'enrichir, pensent-ils. Emeline Muhorakeye est allée à la rencontre de ces burundais qui sont à la recherche d’une meilleure vie en Afrique du Sud, mais qui ont du mal à réaliser leur rêve.

Ambiance dans la voiture fondue sous voix off

Emelyne : Maurice, Saïdi, Emmanuel et Congera, tous entre 23 et 30 ans sont des burundais qui vivent actuellement à Durban une ville située au sud est de l'Afrique du sud. Lorsqu'ils sont arrivés là bas, ils ont été rattrapés par la réalité du pays en grande partie à cause des papiers de séjour qui sont difficiles à obtenir. Le gouvernement sud-africain n'accorde souvent aux réfugiés qu'un permis de séjour qu'il faut renouveler tous les 3 mois.

Ambiance de rue fondue sous voix off

Emelyne :Pour leur sécurité et parce qu'ils ne voulaient pas attirer attention sur eux, nos interviews se dérouleront dans ma voiture dans une rue plutôt calme et sans grande circulation au cœur du quartier de Point Durban. En général, les papiers de 3 mois ne sont pas difficiles à obtenir pour les burundais, tout se joue lors de l'interview au département des affaires intérieures comme me l'apprend Saïdi qui vient de passer juste 8 mois en Afrique du sud.

Saïdi : « Birya bipapuro bivana na interview ingene wasamvye. Hari igihe bavuga iyi interview yawe ntayo twumva neza, bakaguha na régie, bakakubwira wewe uzosubiramwo usambe. Bumvise bitumvikana ivyo wasambye baca bayikwima ».

Traduction : « Pour ces papiers, tout dépend de ton interview. Des fois ils te disent qu'ils ne comprennent pas très bien et ils te donnent rendez vous pour une autre interview. S'ils ne sont pas convaincus, ils ne te donnent pas les papiers ».

Emelyne : Ces papiers de 3 mois aident les burundais lorsqu'il s'agit des contrôles de police. Mais pour Emmanuel, ces papiers demeurent un frein à leur épanouissement puisqu'ils ne peuvent faire des projets avec un permis qu'il faut à chaque fois renouveler et qui leur coûte en moyens de déplacement.

Emmanuel : « Bamaze kuguha irya ticket ya 3 mois biba bigoye kuko buri 3 mois usubirayo uca usanga uguma utakaza umwanya, hari igihe ujayo kandi bakaguha iyindi programme ugasanga uriko utakaza umwanya n'amahera uguma utakaza y'i ticket yo kujayo ».

Traduction : « Quand ils te donnent le permis de 3 mois, c'est compliqué car après ces 3 mois tu dois à chaque fois y retourner. Des fois, tu peux y aller et ils te donnent un autre programme. Tu perds du temps ainsi que l'argent pour le ticket du bus ».

Emelyne : En Afrique du sud avoir un permis de séjour de 3 mois n'inclut pas le permis de travail ni l'autorisation de faire son petit business. Beaucoup de burundais sont obligés de travailler dans la clandestinité pour survivre en guettant à chaque fois l'arrivée de la police.

Ambiance de rue fondue sous voix off

Emelyne : Maurice est mécanicien dans un garage clandestin caché quelque part dans le quartier de Point Durban. C'est un garage qui ne porte pas de nom pour ne pas attirer le regard de la police. Et quand celle-ci passe, Maurice et ses amis sont obligés d'inventer des astuces pour tromper l'œil vigilant des policiers.

Maurice : « Police ije turiko turakora turugara ama capots y'imodoka, irenganye tukugurura tukabandanya n'akazi nuko twibereyeho ».

Traduction : « Quand la police arrive, nous fermons les capots des voitures mais après son passage, nous continuons notre boulot. C'est comme ça que nous vivons ».

Emelyne : Les contrôles de police peuvent entrainer des amendes pour le travail illégal. Congera a déjà eu affaire à la police, un souvenir qui lui laisse un goût amer.

Congera : « Uko unatumika wanakuomba karatasi yile garage, yani autorisation warikuruhusu kutumikiya pale, unakuwa hauna inabidi unakamatwa ivo, wanakukata ma amendes hela za maajabu ajabu unatowa ».

Traduction : « Tu peux être entrain de travailler, ils te demandent les papiers d'autorisation de ton garage. Si tu n'en as pas, tu es pris en flagrant délit. Ils t'obligent à payer des amendes assez exorbitantes ».

Emelyne : Ces contrôles répétitifs de la police et le loyer qui était devenu difficile à payer ont poussé Congera à fermer son garage. Aujourd'hui sans carte d'identité qui garantit au moins un bon travail, l'avenir de ce père de famille de 30 ans s'annonce sombre.

Congera : « Sasa na sisi tunakuwa atuna ile ID, na tumeaca wanawake na watoto nyumbani. Tunatizama tukicukuwa wanawake wa apa kusudi turashishe mambo tupate makaratasi inakuwa ni matatizo tu, na si tulikuja kutafuta maisha ».

Traduction : « Nous n'avons pas de carte d'identité et nous avons laissé nos familles au Burundi. Nous étudions la possibilité d'épouser les sud-africaines pour avoir les papiers mais là aussi c'est un problème car nous sommes venus pour chercher du travail ».

Emelyne : Congera n'est pas le seul à craindre pour son avenir. A 24 ans, Saïdi a vu son rêve sud-africain de départ s'envoler et avec lui l'insouciance des jeunes de son âge.

Saïdi : « Uko nahumva muri South Africa jewe nkiri muhira, numva umengo ni igihugu ushitsemwo nukuyora amahera ukaca wisubirira imuhira. Vraiment ngaha ubuzima bw'ino buragoye ».

Traduction : « Lorsque j'étais encore à la maison, je pensais que l'Afrique du sud est un pays où tu peux aller amasser de l'argent et renter au pays. Vraiment la vie est très difficile ici ».

Emelyne : Malgré cette réalité en Afrique du sud, il y a toujours des jeunes burundais qui rêvent de venir s'enrichir dans ce pays. Après ses 8 mois de survie à Durban, Saïdi déconseille à ces jeunes de tenter cette aventure.

Saïdi : « Nkabamaze imyaka n'imyaka bakubwira uko imyaka iguma igenda niko ibintu biguma bihinduka. Rero mbona nko mu myaka iza nkabari inyuma bariko baraza ubu bazogira ingorane sana ahubwo bishobotse barashobora no kwigumira muhira bakarondera ubuzima hariya naho ubundi ino ngaha ni hatari ».

Traduction : « Nos aînés ici disent que plus les années passent plus les choses changent. Je pense que dans les années à venir, ceux qui veulent entrer en Afrique du sud auront beaucoup de problèmes. Pour moi, ils devraient rester chez eux et trouver du travail là bas parce qu'ici c'est terrible ».


Emelyne : Emmanuel, de son côté, est devenu presque cynique à cause de la vie qu'il mène en Afrique du sud après celle vécue au Burundi. Même la menace d'un nouveau regain de violences contre les étrangers dans ce pays ne semble pas l'inquiéter outre mesure.

Emmanuel : « Turabarindiriye ahubwo ntituzi aho bazotujana. Tuzobarabisha amaso twumve ico bazotubwira kuko gusubira muhira naho nyene ni izindi ngorane nyene ».

Traduction : « Nous les attendons, nous ne savons pas ce qu'ils vont nous faire. Nous verrons ce qu'ils nous diront puisque retourner chez nous, c'est également un problème ».

Emelyne : Maurice, lui de sa part, à force de vivre dans la peur d'un contrôle de police faute de papiers légalisant son travail vit comme un animal traqué et le désespoir se lit dans son regard. Le retour à la paix au Burundi lui semble pour l'instant sa seule porte de salut.

Maurice : « Jw iciza gusa mbona nuko gusa abarundi bokwumvikana abantu bagatahuka iwabo gusa ».

Traduction : « [soupirs] La seule solution pour moi est que les burundais s'entendent pour que nous puissions renter ».

Emelyne : Entre retourner au Burundi où ils n'ont probablement aucune chance de trouver du travail et rester en Afrique du sud où la vie devient difficile chaque jour, ces burundais vivent un véritable dilemme.

Ambiance de rue qui débute sous voix off

De Durban en Afrique du sud, Emeline Muhorakeye pour Twenty Ten.

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