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Le parcours d'un burundais (EM)

Titre: LE PARCOURS D'UN BURUNDAIS EN AFRIQUE DU SUD

Journaliste: Emelyne MUHORAKEYE / Radio TV Renaissance / Twenty Ten

Lieu: Durban, Afrique du Sud

Chapeau: Partir travailler en Afrique du sud, c'est le rêve de certains burundais qui y voient le seul moyen de gagner leur vie. Ces burundais partent souvent sans connaître les risques encourus en cours de route et tombent quelques fois entre les griffes de malfaiteurs. C'est le cas de Hassan BIKORWA installé aujourd'hui en Afrique du sud depuis 5 ans mais pour qui le chemin a été long avant d'arriver à destination. Voici son histoire.

Ambiance du restaurant

Emelyne: C'est en 2005 qu'Hassan BIKORWA décide de quitter le Burundi pour aller gagner sa vie en Afrique du Sud, juste après ses études secondaires. L'insécurité au Burundi et la certitude qu'il ne pourra pas trouver du travail après ces études sont à l'origine de cette décision. Faute de moyens pour se payer un billet d'avion, Hassan prends le chemin souvent emprunté par la majorité des burundais pour immigrer en Afrique du Sud, c'est à dire voyager de pays en pays. A ce moment Hassan sait que son aventure ne serait pas facile puisqu'il voyage sans visa.

Hassan: « Mugihe uja mu gihugu ata visa ufise harya biragoye kuko ni imipaka ugenda uracamwo kandi iracungerewe iyo mipaka. Nukurondera ukuntu ugenda uratanga make make kugira baze barakureka. Hari abo bigora bagapfungwa canke ntibashike ».

Traduction: « Quand tu vas dans un pays sans visa, c'est difficile parce que tu traverses des frontières qui sont très bien surveillées. Tu dois soudoyer les gens pour qu'ils te laissent. Certains sont arrêtés ou n'arrivent même pas à destination ».

Emelyne: Hassan passe d'abord en Tanzanie, pays limitrophe du Burundi où il reste pendant une semaine. Là bas, il ne rencontre pas de véritables problèmes puisque beaucoup de burundais sont installés dans ce pays, c'est d’ailleurs très facile de se faire passer pour un tanzanien.

Hassan: « Muri Tanzaniya sinagize ingorane cane kuko muri Tanzaniya ico gihe nari mfise amafaranga kandi nzi igiswahili nyene. Nagenze nk'umutanzaniya nyene harya mugabo ico gihe nagendana karangamuntu gusa nifata yuko ndi umutanzaniya mugabo nta ngorane naronse nko muri Mozambique nasanze yuko bavuga ururimi ari ubwo bwa mbere numvise rw'igiportugais ».

Traduction: « En Tanzanie, je n'ai pas eu beaucoup de soucis parce qu'à ce moment j'avais de l'argent et je parlais swahili. Je voyageais comme un tanzanien seulement avec ma carte d'identité et je me comportais comme un tanzanien mais je n'ai pas eu de problèmes comme en Mozambique où ils parlaient une langue qui m'était inconnue, le portugais ».

Emelyne: C’est donc au Mozambique où débutent les problèmes pour Hassan. Au moment où il traverse ce pays, la barrière de la langue, en l'occurrence le portugais, va le retarder sur son chemin vers l’Afrique du Sud. Certains profiteront de son ignorance pour le dépouiller de tout ce qu'il a sur lui, mais heureusement lui laisseront la vie sauve.

Hassan: « Ahantu hitwa Mozambique baranyatse amafaranga yose nari mfise n'impuzu zose hama ndabandanya nyene. Amafaranga nari nsigaranye nari nayanyegeje kure nk'ama dollars ijana anshikana ahantu hitwa i Nampula muri Mozambique hama ndasaba nari mfise mwene wacu ari hano muri Afrika y'epfo, ndamusaba aramfasha arandungikira amafaranga makeyi ndabandanya urugendo ».

Traduction: « En Mozambique, ils m'ont volé tout mon argent ainsi que tous mes vêtements mais j'ai continué ma route. Il me restait près de 100 dollars que j'avais caché, je m'en suis servi pour arriver à Nampula en Mozambique et puis j'ai demandé à mon grand-frère qui était déjà installé en Afrique du sud de m'envoyer un peu d'argent et j'ai pu continuer ».

Emelyne: A ce moment là, Hassan regrette presque d'avoir quitter le Burundi. Il met son destin entre les mains d'un passeur qui l'aide à quitter le Mozambique. Et c'est ce dernier qui s'occupe des formalités, pas pour rien bien entendu.

Hassan: « Ni umuntu yankijije yasavye yuko aterefona mwene wacu kugira arungike amafaranga kuri we kugira adufashe yuko dushika. Ntiyashatse nuko menya amafaranga bamurungikira nakazi kiwe nuko ».

Traduction: « C'est quelqu'un qui m'a sauvé. Il a demandé à téléphoner à mon frère pour qu'il lui envoie de l'argent afin qu'il nous aide à arriver à destination. Il n'a pas voulu que je sache le montant envoyé, il a fait son travail ».

Emelyne: Après 3 semaines de traversée, Hassan atteins enfin la frontière sud-africaine. Mais au lieux d'être en sécurité, c’est là ou commence un véritable périple dangereux pour Hassan et ses compagnons de fortune rencontrés en cours de route. Traverser la frontière sud-africaine illégalement peut s'avérer meurtrier pour les clandestins.

Hassan: « Umupaka nyene naragize ingorane mugabo Imana yarakinze ntibatwishe kuko nahantu hazitiye hariho abasoda. Mugabo umuntu arashima kugira ngo umene urugo rw'igihugu, usimbe, winjire mu gihugu utazi iyo ugiye ni ingorane ».

Traduction: « A la frontière, j'ai eu des soucis mais Dieu merci ils ne nous ont pas tués parce que c'est un endroit bien gardé par les soldats. Dieu est grand car entrer clandestinement dans un pays sans savoir où aller, c'est un problème ».

Emelyne: Hassan et ses compagnons réussissent à déjouer la surveillance des soldats et entrent sur le sol sud-africain. Le voilà arrivé en Afrique du sud dans l'inconnu. Hassan a la chance de rencontrer des burundais à Durban qui vont l'aider à trouver du travail dans le domaine de la sécurité. Un secteur où les immigrés en Afrique du sud ont plus de chances de trouver un boulot. Pour accepter ce travail, il faut souvent mettre sa fierté de côté.

Hassan: « Muri Afrika y'epfo, akazi dukora karagfoye kandi bamwe banwe karamaramaza mugabo uravye amafaranga uhembwa vraiment ni amafaranga atameze nabi cane ugiye kuraba amafaranga umuntu akorera mu Burundi ».

Traduction: « En Afrique du sud, nous faisons un travail difficile et honteux pour certains. Mais, notre salaire n'est pas négligeable si tu compares avec ce que nous pourrions gagner au Burundi ».

Emelyne: Au bout de 3 ans , Hassan rêve d’une vie meilleure. Grâce à son emploi dans la sécurité, il reçoit un titre de séjour de 2 ans lui permettant de débuter son petit business pour être plus indépendant.

Ambiance du restaurant

Hassan: « Mfise i shop na restaurant,nashimye nce mpa n'akazi abantu bi muhira. Ndikorera nkakoresha n'abantu b'i muhira kugira ndabe ko twobaho ».

Traduction: « J'ai une boutique et un restaurant et j'ai préféré donner du travail à mes compatriotes. Nous essayons de survivre dans ce pays ».

Emelyne: Installé sur St James street à Durban, son restaurant attire aujourd’hui surtout la clientèle des Grands Lacs, des immigrés venus du Burundi, du Rwanda et de la RDC. Au cours de notre conversation, Hassan va me présenter une de ses employées Situmayi NAHIMANA,elle aussi venue du Burundi.

Hassan appelle Situmayi pour me la présenter

Emelyne: Situmayi est une brave femme de 51 ans qui est installée en Afrique du sud depuis 3 ans. Hassan l'a engagée pour faire la cuisine dans son restaurant. Le jour de ma visite , elle est assise par terre entrain de faire du chapati, un plat beaucoup apprécié par la clientèle. Situmayi a quitté le Burundi en 2007 en empruntant la même voie que Hassan. Elle mettra 2 mois pour atteindre l'Afrique du sud. Les risques de se faire agresser pour une femme en cours de route sont énormes.

Situmayi: « Eeeh ibyo ni kawaida tunabijuwa kama biko na binakuwaga. Kutuwuwa, kutufanyiya vibaya wanafanyaga, ivo ivo tunaendeleya kuweshi tutafanya aje ju ya matatizo yenyewe tuko nayo ya maisha ».

Traduction: « Oui, c'est vrai. Nous savons que ça arrive et c'est déjà arrivé. Nous tuer, nous violer ils le font mais nous n'avons pas le choix à cause des problèmes dans notre pays ».

Ambiance du restaurant

Emelyne: Aujourd'hui Situmayi arrive à gagner sa vie chez Hassan. Ce dernier quant à lui ne compte pas retourner au Burundi de si tôt vu le contexte politique actuel.

Hassan: « Mbona yuko atako noja mu Burundi mugihe mu Burundi ata mahoro ahari. Mfise umupango mfise yuko nobandanya n'urudandazwa rwanje mbe ndaba ngaha mu mahanga ».

Traduction: « Je ne peux pas retourner au Burundi tant qu'il n'y a pas la paix. Je compte continuer mon petit business ici en attendant ».

Emelyne: Lorsqu'il regarde en arrière, Hassan est fier du travail accompli même si la route a été longue depuis son départ du Burundi. Il sait qu'il a eu beaucoup de chance destin aurait pu lui jouer des tours. Nombreux sont ceux qui tentent la même aventure, prêt à prendre des risques même celui de payer le prix le plus fort: mourir en cours de route.

De Durban en Afrique du sud, Emelyne MUHORAKEYE pour Twenty Ten

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