Photo Audio Text Multimedia
     

L'Afrique perd

Les africains devraient se ressaisir!

Associated feature: African Loses (English translation)

Joe Opio/The New Vision/Twenty Ten

Il n'y avait rien de vaillant dans l'acte de reddition du Ghana lors des quarts de finale du Mondial 2010. La défaillance nerveuse en Coupe du monde est devenue la marque de fabrique de l'Afrique depuis le Mondial italien de 1990. Et contre l'Uruguay, le Ghana est devenu la dernière équipe africaine en liste à s'effondrer sous la pression de l'ultime compétition footballistique. Malheureusement, comme toutes les autres équipes africaines avant elle, la naïveté suicidaire de l'équipe ghanéenne sera saluée par des « pas de chance » condescendants, au lieu des virulentes critiques qu'elle mérite.

Joseph Opio écrit une autopsie accablante.

Vaillants perdants! Quels propos condescendants, voire même injurieux. Ce sont, néanmoins, des propos dont la plupart des africains semblent être fiers. En regardant les tristes supporteurs africains applaudir le Ghana pour sa reddition maladroite contre l'Uruguay, l'on se demande ce qui est plus déprimant: le fait que les africains voient de la bravoure dans une autodestruction aussi déchirante, ou la conclusion logique que les africains n'apprennent pas des Coupes du monde passées.

À la veille du match des quarts de finale contre l'Uruguay, il était choquant d'entendre les africains, aussi bien les experts que les fans, ignorer les défaillances des Black Stars avec une joie optimiste. Aller à l'encontre d'un optimiste aussi brut et infondé aurait été presque suicidaire. Tout africain qui osait remarquer que le Ghana avait jusque-là eu un tournoi assez facile, était au mieux qualifié de « traître négatif » et au pire, de « non pan-africaniste ». Pourtant, les défauts apparents de l'équipe ghanéenne auraient été clairement visibles pour tout supporteur perspicace. Les Black Stars avaient été accompagnés par une puissante chance dans leur voyage jusqu'aux quarts de finale. Le fait qu'ils aient pu sortir de leur groupe en était un bon exemple.

Un penalty offert contre la Serbie avait donné au Ghana une victoire à peine méritée lors de son premier match, pendant qu'un autre penalty, cette fois totalement mérité, leur a permis de remporter le point du match nul contre l’Australie. Face à l'Allemagne, le Ghana a produit sa meilleure performance en attaque, seulement, leur lacune apparente n'a cessé de se manifester. Malgré son jeu de passe alléchant, le Ghana avait un handicape fatal devant le but adverse. Contre un équipe allemande qui leur offrait suffisamment d'espace, le Ghana s'est créé assez d'occasions pour gagner deux matches. Mais tous ces travaux préliminaires ont été annulés par l'inefficacité de Asamoah Gyan – une bête de somme de première ligne qui n'a pas eu la netteté clinique nécessaire pour concrétiser les occasions ghanéennes. Pour toute son œuvre, Gyan appartient à cette race d'attaquants qui ont besoins de onze tentatives pour faire vibrer les bois et d'une douzaine pour trouver le fond des filets.

L'avancée du Ghana en quarts de finale, à travers une victoire 2-1 face aux États-Unis, a donné naissance à une 'Ghana-mania'. Cela a également incité de nombreux experts frénétiques et nerveux à couvrir les grandes failles du Ghana. Le fait que les États-Unis avaient assiégé, pendant une longue période, le but ghanéen – et auraient gagné la rencontre n'eussent été les exploits de Richard Kingston – a été rapidement oublié. Les fans africains orphelins voulaient désespérément adopter le Ghana comme leur équipe de choix et donc n'étaient pas prêts à se laisser décourager par d'aussi petits détails.

Le jour du match, seuls de vrais experts à l'esprit encore sain auraient résisté à la tentation de se camoufler en supporteurs du Ghana. Il n'y aucun doute sur la bonne performance du Ghana contre l'Uruguay à Soccer City. Mais, le fait que le Ghana ait pu poser quelque menace que ce soit demeure discutable. Toute la performance du Ghana contre les les troupes de Oscar Tabarez reflétait les Black Stars classiques; une image que les supporteurs perspicaces ont appris à aimer et à détester à propos des hommes de Milovan Rajevac. Dominer à la fois la possession de balle et le territoire était assez positif, mais le faire sans être menaçant du tout était plutôt négatif. Le fait que le Ghana n'ait pas pu concrétiser leur dominance contre une équipe uruguayenne privée de sa paire de défenseurs centraux titulaires, Diego Godin et Diego Lugano, demeure une éloquente illustration de leur manque de percussion. Il était accablant de constater que malgré le jeu de passe habile du Ghana, Kingston était de loin le plus sol

licité des deux gardiens de but. Le gardien uruguayen, Fernando Muslera, n'a reçu que deux tirs menaçants pendant toutes les 120 minutes, arrêtant l'un assez confortablement tandis qu'il a regardé, impuissant, la frappe de Sulley Muntari traverser la ligne de but. Il serait sans doute mieux de ne pas s'attarder sur le manque de nerfs de l'équipe ghanéenne plus tard dans le match, mais permettez moi d'en parler. Lorsque les Black Stars ont eu un penalty en leur faveur à la dernière minute des prolongations, l'affaire aurait dû être conclue. Le Mondial rassemble meilleurs ainsi que les plus impitoyables guerriers du monde, et il est difficile de penser à une autre équipe qui aurait laissé passer cette opportunité.

Cependant, le raté nerveux de Gyan à un moment crucial était lamentable, et ce qui est arrivé lors de la séance de tirs au but était tout simplement meurtrier. Le Ghana a manqué son troisième tir, a obtenu un sursis, puis a manqué son quatrième tir. Personne ne devrait déplorer ni applaudir une telle maladresse. Elle devrait être carrément condamnée avec tout le mépris qu'elle mérite.

De plus, le fait que John Mensah et Dominique Adiyiah aient tiré leurs penaltys avant Kevin Prince Boateng est un mystère qui dépasse toute logique. Mensah, un défenseur peu connu pour ses qualités techniques, aurait dû être un tireur de dernier recours. Adiyiah, un débutant avec certes un grand avenir, n'aurait pas dû prendre sur lui une telle responsabilité. Du moins pas avant Boateng; le très créatif meneur de jeu aurait dû être le choix naturel dans l'ordre des tireurs, juste derrière le courageux Gyan et l'expérimenté Appiah.

Boateng a été un artiste hors pair pour le Ghana et le fait qu'il soit né en Allemagne devrait sûrement compter pour quelque chose. Après tout les allemands et les penaltys ont une affinité qui rassure. Les plus impressionnables parmi ceux qui ont pris le train ghanéen en marche diront que l'équipe devrait être épargnée par les autopsies rugueuses, d'autant plus que leur performance était loin d'être honteuse.

Ce serait une réaction typiquement africaine. De tels retardataires ne savent pas que des échecs glorieux ont constitué la triste histoire de l'Afrique en Coupe du monde ces vingt dernières années. Les africains ont vu, à maintes reprises, leurs équipes ayant le potentiel de remporter le tournoi mondial aller à la Coupe du monde avec de grands espoirs, et voir leurs capitulations ineptes être saluées comme « héroïques ».


Tout a commencé avec le Cameroun en 1990. Les Lions Indomptables étaient venus à bout des champions en titre argentins, de la Roumanie et de la Colombie, pour se retrouver en quarts de finale contre l'Angleterre. Comme le Ghana aujourd'hui, le jeu offensif des camerounais en a fait l'équipe de choix des indécis lors du Mondial italien.

Fidèle à lui-même, le Cameroun s'est retrouvé menant 2-1 contre les anglais à sept minutes de la fin. C'est à ce moment que la nervosité s'est installée. Un tacle imprudent a donné à l'Angleterre un penalty, converti par Gary Lineker. La rencontre est allée aux prolongations et, après avoir vendangé quelques occasions, le Cameroun a concédé un autre penalty à la 105ème minute. Lineker l'avait une fois de plus converti et les Lions Indomptables étaient éliminés.

S'en est suivi une pluie d'adulation condescendante.

Tout le monde a applaudi les efforts du Cameroun, très peu déplorant la naïveté qui a vu une équipe en Coupe du monde gâcher une si belle occasion d'atteindre les demi-finales. C'est à ce moment précis que les défaites braves sont devenues une marque de fabrique de l'Afrique.

Les efforts du Nigeria quatre ans plus tard, aux États-Unis, ont transformé cette marque de fabrique en stéréotype. Les Super Eagles, alors champions d'Afrique en titre, ont humilié la Bulgarie et la Grèce, se qualifiant ainsi pour les huitièmes de finale en tête de son groupe, devant l'Argentine. Cette performance leur a valu une confrontation avec l'Italie, qui s'est péniblement sortie de la phase de poules. Une fois de plus, comme le Cameroun auparavant et le Ghana 16 ans plus tard, l'exubérance du Nigeria en a fait l'équipe favorite des indécis.

Inspiré par Rashidi Yekini, Emmanuel Amunike et Daniel Amokachi, le Nigeria a pris l'avance à la 25ème minute. Une avance à laquelle ils se sont accrochés jusqu'à la 88ème minute. La 88ème minute! Avec des italiens réduits à dix après l'expulsion de Gianfranco Zola à la 75ème minute, l'effondrement du Nigeria à la 88ème minute était simplement insupportable. Surtout que des équipes aux nerfs solides auraient exploité un tel avantage numérique contre une équipe apparemment résignée à la défaite.

Au lieu de cela, Sunday Oliseh a offert à l'Italie une bouée de sauvetage par une hésitation dans sa moitié de terrain, que Roberto Baggio a aussitôt exploitée. Lors les prolongations qui s'en sont suivis et dix minutes plus tard, comme le Cameroun quatre ans auparavant, le Nigeria a concédé un penalty que Baggio a converti, écrasant une fois de plus les rêves africains.

Comme le veut la tradition, l'élimination naïve du Nigeria a été accueillie, non par des critiques, mais par des ovations.

Le Nigeria a été auteur d'une épopée similaire lors du Mondial français en 1998. Ils ont surmonté la Bulgarie et l'Espagne pour prendre rendez-vous au second tour avec l'inattendu Danemark.

Le Nigeria était le à nouveau le chouchou du monde footballistique.

Mais une choquante défaite 4-1 par les danois avait mis fin à tout espoir. La lourde défaite n'a pas pour autant empêché les acclamations condescendantes. Elle les a juste un peu assourdies, puisque tous se sont rendus compte que la défaite du Nigeria n'était pas assez étriquée pour en faire de vaillants perdants.

Quatre ans plus tard et c'était le tour du Sénégal de recevoir des acclamations condescendantes. Une victoire surprise contre les champions en titre français leur avait remporté des admirateurs instantanés.Les Lions de la Teranga auraient pu s'arrêter aux huitièmes de finale, mais une réussite similaire face à la Suède a incité de nombreux fans à supporter le Sénégal face à la Turquie en quarts de finale. Le Sénégal est devenu le deuxième pays africain à aller aussi loin dans une Coupe du monde, et le fardeau des attentes était palpable.

Arriva le désastre!

Avec la pression, les sénégalais se sont écroulés et leurs instincts offensifs les ont abandonnés. Ils avaient honorablement tenu la Turquie à un match nul et vierge, forçant les prolongations et se sont mis à jouer pour les séance de tirs au but. C'était une tactique risquée qui a été punie lorsque la Turquie a marqué à la 94ème minute, brisant ainsi les cœurs africains.

Pas de soucis! Les fans ont applaudi la bravoure du Sénégal alors que des insultes auraient été plus appropriées.

Le même scripte avait été respecté à la lettre lorsque le Ghana s'est qualifié pour le second tour: il ont été adoptés par les indécis, ont très vite perdu 3-0 face au Brésil et ont reçu les acclamations condescendantes.

Un pari sûr serait que la palpitante mais impuissante performance du Ghana contre l'Uruguay en Afrique du Sud suscitera certainement une adulation similaire. Mais devrait-elle vraiment?

Parmi les amateurs, la défaite du Ghana contre l'Uruguay sera certainement saluée comme une brave tentative qui n'a pas reçu la récompense méritée.

Mais ceux d'entre nous qui ont observé les équipes africaines échouer naïvement, à maintes reprises, cette perspectives historique nous a permis désapprouver la défaite du Ghana, comme l'abandon qu'elle était en réalité!

Le fait que l'Afrique possède le talent pour conquérir le monde est incontestable. Des performances envoûtantes, courtisant les indécis, l'on prouvé au fil des années. Mais, le fait que l'Afrique manque de force mentale pour convertir des séries de performances sublimes en un triomphe au Mondial est également au-delà de toute contestation.

Les équipes africaines sont heureuses de produire de bons résultats lors des matches de poule. Mais une fois que la pression monte et que les enchères se multiplient avec la phase à élimination directe, l'effondrement psychologique devient leur partenaire de danse inséparable.

Et cela a fait de l'Afrique l'équivalent continental des équipes espagnoles et hollandaises du passé. C'est une maladie africaine qui ne sera soignée que lorsque les africains cesseront de se donner des tapes dans le dos chaque fois qu'ils perdront lamentablement. En attendant, les 'braves performances' des équipes africaines resteront des louanges indulgentes et condescendantes d'une bande de supporteurs neutres et des novices.

La défaite du Ghana face à l'Uruguay devrait être cri d'alarme. Les équipes africaines ne devraient plus accueillir toute défaite avec des tours d'honneur, des sourires narquois et des tapes dans le dos accompagnées d'un 'pas de chance'.

Le Mondial brésilien de 2014 devrait marquer un nouveau chapitre. Un chapitre dans lequel les africains considèreront les défaites comme défaites, sans y ajouter d'euphémismes réconfortants tels que brave ou vaillant. Les africains devraient apprendre qu'il n'y a pas de place pour les perdants gracieux dans la cour des grands de la Coupe du monde – seuls les gagnants y sont admis!

Après tout, nos braves défaites accumulées en Coupe du monde ne nous ont pas plus rapprochés de l'ultime trophée qu'en 1990.









  Go to Page:
No Images found.
  Go to Page: