Photo Audio Text Multimedia
     

La magie noire du football

La magie noire du football en Afrique remise en cause

Espera Donouvossi/Twenty Ten

La performance des équipes africaines qui ont participé au Mondial 2010 a été très décevante. Même le Ghana qui avait tout pour relever le défi a vu ses espoirs balayés par la main de l’attaquant uruguayen Luis Suarez.

Toute l’Afrique avait espéré que les dieux africains allaient intervenir en faveur de ses équipes dans le premier Mondial qui se déroulait sur le sol « sacré » des ancêtres. Mais hélas…
Cet échec pose un problème fondamental et interpelle le football africain : Il est peut être grand temps que le football africain se défasse de sa foi en la capacité de la sorcellerie et de la magie noire de lui livrer des victoires. Pourquoi en effet continuer à croire en quelque chose qui se révèle incapable de donner les résultats escomptés ?

Mais, les fervents de la sorcellerie et de la magie noire sont prompts à blanchir la sorcellerie en blâmant les joueurs pour le non-respect des principes et recommandations importants dans l’utilisation du « Juju ». L’infidélité, l’hypocrisie et la honte face aux valeurs spirituelles africaines provoquent la colère des dieux africains qui finissent par laisser les footballeurs à leur sort, disent-ils.

Nouffou, un vieux Burkinabé grand supporter de l’équipe nationale du pays fustige vertement le comportement des joueurs qui veulent gagner un match et refusent de respecter les prescriptions des magiciens. « Le Wake (le nom par lequel on désigne la magie noire du football au Burkina-Faso) ne ment jamais si on respecte ses principes », assure-t-il.

Il est vrai que beaucoup de joueurs refusent certaines exigences dans les cérémonies rituelles organisées avant un match. Selon Jeremy Ouedraogo, un journaliste sportif Burkinabé qui a gagné le prix du meilleur reportage sur la sorcellerie et le football en en 2008, les joueurs déclinent certains breuvages qu’on leur demande de boire. Il indique que ces liquides sont préparés à base d’écorces d’arbres, de sang d’animaux, de sueur humaine, de racines d’arbres…L’immonde odeur et la possible nocivité d’un tel mélange freinent la volonté des joueurs d’obéir aux prescriptions.

Passer des nuits dans la forêt, des heures sous l’eau de la rivière, boire du sang de charogne, de chien ou de chat, ce sont là d’autre rites qui ne rencontrent pas l’accord de certains joueurs pour des raisons religieuses ou sanitaire.

Le vieux Nouffou appelle cela «désobéissance aux règles et prescriptions de la médicinale traditionnelle». Dah Bigo, un chef traditionnel Vodou au Bénin, est catégorique à ce propos : « Quand on ne respecte pas la prescription de la médecine du « Blanc », on ne peut être guéri ». De la même façon, quand on enfreint les règles et les recommandations de la médecine traditionnelle, il n’est pas possible d’espérer quelque résultat positif. »

La colère des dieux

La punition que les dieux ont infligée aux équipes africaines lors du Mondial 2010 ne s’expliquerait pas uniquement par le refus des joueurs à obéir aux prescriptions de leur sorcier. Selon certains « analystes spirituels », le signe de la croix que certains joueurs font quand ils entrent sur le terrain irriterait les dieux et les rendrait jaloux.
Armand Fidematin, un socio-anthropologue guide dans un musée béninois, est de cet avis. Pour lui, cet état de chose est une sorte d’hypocrisie. « Quand on a honte de son origine spirituelle au profit d’une religion dite ‘ moderne’, il est clair qu’il se pose un problème de croyance et on ne peut rien espérer d’un dieu en qui on ne croit plus. Les dieux sont en colère en Afrique car injustement abandonnés », explique-t-il

« Tu croiras et adoreras un seul Dieu, le père Tout-Puissant », dit la Bible. Pourquoi les dieux africains ne réclameraient-ils pas cette exclusivité?


Les beaux stades sud-africains manquent de fondation spirituelle.

La jalousie des dieux et la non application des prescriptions ne sont malheureusement pas les seuls facteurs qui expliquent la débâcle des équipes africaines.
Dah Avimandje, un guérisseur traditionnel du Sud du Benin bien connu pour sa brigade anti-sorcellerie, estime que le départ était faussé en ceci que la préparation spirituelle était absente de ce grand tournoi en Afrique du Sud. « Avant la mise en terre de la première brique pour la construction des stades, l’implication et l’évocation des dieux devraient primer », dit-il
D’après lui, cette préparation spirituelle, s’elle avait eu lieu, aurait attiré la faveur des dieux sur les représentants de l’Afrique à cette illustre Coupe du Monde.

Avril Joffe, une sud-africaine blanche qui a tout fait pour assister au match entre le Ghana et l’Uruguay avec toute sa famille, en doute. Elle considère que l’on ne peut pas s’en remettre rien qu’aux dieux et se dispenser de faire l’effort nécessaire pour une certaine maitrise de soi en des circonstances précises, comme lors du penalty tiré et raté par le Ghana à la dernière minute.
« Les dieux peuvent aider et le Juju peut être efficace en football. » concède-t-elle avant de tirer une conclusion qui pourrait être le vrai diagnostic du mal du football africain :
« Mais les dieux ne descendront jamais du ciel pour jouer à la place des hommes »,

Si les échecs sont vraiment des leçons, ils serviront probablement en 2014 au Brésil, où, nous l’espérons, les Africains n’attendront pas que les dieux descendent du ciel pour jouer à leur place.

  Go to Page:
No Images found.
  Go to Page: