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Baby grant (AMN)

Crédit : Anne Mireille Nzouankeu / Twenty Ten

Manchette : Baby grant

Date: 25 juin 2010

Lieu : Johannesburg, Afrique du Sud

Associated feature: Baby Grant(English Translation)

Résumé de l’article : En Afrique du Sud, le gouvernement alloue une pension mensuelle de 250 rands (26 €) par enfant aux mères noires les plus pauvres. Cette allocation, appelée baby grant, pousse beaucoup de jeunes filles à faire des enfants très tôt. Dans certains cas, elles perçoivent la pension mais laissent la charge de leurs enfants à leurs mères.

Mots clés : 2010, coupe du monde, Afrique du Sud, argentine, enfant, pauvreté, grand-mère, baby, grant,

Langue : Français

Texte :

Julia élève ses douze petits-fils

Julia D. est mère de huit enfants qui vivent à Johannesburg, Secunda, Ermelo, et Nelspruit. Elle, elle habite à Mpuluzi, un quartier de Mayflower, dans la région de Mpumalanga, et élève seule ses 12 petits-fils dont l’ainé est âgé de 22 ans et le dernier d'un an. « Nous vivons tous avec notre grand-mère depuis notre naissance », révèle Siphosetu, l’un des petits-fils dont le prénom signifie en langue Zulu « notre cadeau ».

Dans une pièce qui sert à la fois de cuisine et de séjour, Siphosethu D. regarde un combat de boxe à la télévision. Au centre de la pièce se trouve une petite table entourée de quatre chaises. Dans un coin est posé un four à cuisiner et des marmites empilées les unes sur les autres. Un évier à vaisselle se trouve en face du four, juste à côté du poste de télévision. C’est dans cette pièce que se réunissent les 12 petits-fils de Julia D. pour manger ou pour regarder la télévision. En plus de cette salle de séjour, qui sert aussi de cuisine, la maison est composée de cinq chambres et d’une salle de bain.

Siphosethu, âgé de 16, ans est élève en grade 9, l’équivalent de la classe de 4ème dans le système francophone. Il est le deuxième enfant de sa mère, qui ne le voit qu'une fois par an, lorsqu'elle revient de Johannesburg lors de son congé annuel. Son père ne l’ayant pas reconnu, il a pris le nom de famille de ses grands-parents maternels. Selon lui, il a plusieurs camarades d’écoles qui, comme lui, vivent avec leur grand-mère en l’absence de leurs mères.

Elijah Mkhonza, un voisin de Julia D. qui prétend bien connaître la famille, explique ainsi cette situation: « il arrive qu’une fille tombe enceinte et que le père refuse d’assumer la paternité. Si elle est hébergée chez son employeur, elle ne peut pas y amener ses enfants ». Cependant, John Marker, qui dit résider à Mayflower depuis plus de 20 ans, affirme que « ces jeunes filles sont justes attirées par l’appât du gain. Elles font des enfants de plus en plus tôt pour percevoir la pension. Dès l’accouchement, elles abandonnent l’enfant chez leurs mères et vont chercher fortune en ville ».

Des filles-mères de 16 ans

Le 17 juin 2010 était un jour de paiement de l’allocation sociale à Mayflower pour le mois en cours.

Les quinze filles approchées ce jour avaient moins de vingt ans. Elles déclarent toutes qu’elles sont tombées enceintes sans le vouloir, à cause de la méconnaissance des différentes méthodes contraceptives. Elles reconnaissent cependant n’avoir pas essayé d’interrompre leur grossesse, bien que l’interruption volontaire de la grossesse soit légale en Afrique du Sud.

« Avoir un enfant n’est pas une mauvaise chose. Si nos parents ne nous avaient pas gardées, nous ne serions pas là aujourd’hui », explique Nkhele qui est déjà mère de deux enfants à 20 ans. « En général, si on attend d’avoir des enfants à l’âge adulte, c’est parce qu’on veut le faire lorsqu’on a déjà un emploi. Mais puisque l’Etat nous aide à entretenir nos enfants, nous ne trouvons pas la nécessité de pratiquer des avortements » ajoute Dinda, une autre mère mineure.

Phuzela, âgée de 16 ans, est maman d’un enfant de 11 mois. Elle reconnait que ses conditions de vie se sont nettement améliorées depuis qu’elle perçoit la pension. « Le père de l’enfant a renié la grossesse. Cet argent me permet de m’occuper de l’enfant et de pouvoir m’acheter de temps en temps des vêtements », explique Phuzi. Elle approuve la garde des enfants par les grands-mères et révèle : « si jamais j’ai l’opportunité d’aller vivre hors d’ici, je laisserai moi aussi mon enfant à ma mère ».

Mac Sulimau, un marchant ambulant qui vend des chaussures au point de paiement de l’allocation sociale, a donné son point de vue: « Peu importe l’histoire que ces filles racontent, la réalité est qu’à cause de la présence de l’allocation familiale, moins de filles pauvres font attention à ne pas contracter une grossesse. Pour elles, l’argent versé par l’Etat est une aubaine ».

Un cercle vicieux

Chaque mois, les filles de Julia D. perçoivent les pensions dues à leurs enfants et lui envoient une partie. La grand-mère ne vit que grâce à cet argent car elle est sans emploi et veuve depuis 1994. Il lui sert principalement à acheter à manger et à payer certaines factures comme les uniformes des enfants, l’école publique, les fournitures scolaires et les soins de santé primaires étant, selon Siphosethu, gratuites.

Les difficultés réelles commencent à l’âge de 18 ans lorsque l’enfant n’a plus droit à une pension. Il faut alors pouvoir s’en occuper tout seul. C'est à ce moment que se crée alors un cercle vicieux dans les familles. « Selon mon constat, les enfants deviennent eux-mêmes parents vers l’âge de 17 ans. Ils perçoivent ainsi la pension de leur enfant et la famille continue de vivre de la subvention de l’état », explique Lawrence Wood, commerçant à Mayflower.

Selon de récentes statistiques fournies par le ministère en charge des affaires sociales en Afrique du Sud, « en fin janvier 2009, plus de 12,8 millions d'enfants » ont bénéficié de cette pension.

La pension a pour vocation d’améliorer les conditions de vie des enfants les plus défavorisés et d’augmenter le pouvoir d’achat des bénéficiaires. Mais, Face à ce grand nombre d'enfants, de mères et de grands-mères dont la vie dépend de ces allocations, cet objectif peut-il être atteint? Jusqu'où l'Etat peut-il aller face aux naissances et au taux de chômage en constante augmentation ? Les bénéficiaires rencontrées à Mayflower semblent avoir saisi les limites de ces allocations puisqu'elles souhaitent ardemment que la création et l’offre d’emploi soient améliorées.









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