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Passion de femme

Crédit : Aminata Mariko/ La Nouvelle République/TwentyTen

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Manchette : Passion de femme

Date : 2009-11-16

Lieu : Ouagadougou (Burkina Faso)

Résumé de l'article : En Afrique, en dépit d’un manque de moyens, le foot féminin s’enracine grâce à une passion réelle pour le jeu.

Premier paragraphe : Depuis l’âge de 8 ans, Diane Kationo s’entraîne avec les garçons de son quartier devant les portes des maisons. C’est là que sa grande passion pour le foot a commencé. « Je tire beaucoup de plaisir de cette discipline et je ressens une passion difficile à expliquer. » confie-t-elle.
Mots clés : football féminin africain, championnat féminin basé à Ouagadougou(Burkina Faso), tournoi des 5 nations. Subvention FIFA.

Langue : Français

Texte :
Depuis l’âge de 8 ans, Diane Kationo s’entraîne avec les garçons de son quartier devant les portes des maisons. C’est là que sa grande passion pour le foot a commencé. « Je tire beaucoup de plaisir de cette discipline et je ressens une passion difficile à expliquer. » confie-t-elle.
32 ans, 1 m 52, le teint noir et les cheveux coupés à la garçonne, Diane Kationo est une joueuse férue et ambitieuse. Notre interlocutrice du jour a toujours pratiqué le football depuis l’école primaire avant d’arriver au club de football « les Princesses » (une équipe phare du championnat féminin basée à Ouagadougou qui a fait ses débuts en 1996).
Diane Kationo nous a raconté son histoire, son intérêt et sa passion pour le football.
« J’étais la seule fille qui s’entraînait avec les garçons depuis ma plus tendre enfance. C’est une dame du nom de Mme Baby et Mr Salvador qui m’ont beaucoup encouragé et c’est à partir de là que j’ai été repérée par les dirigeants des Princesses. « Nous sommes une vingtaine au niveau de notre club. Certains nous admirent. C’est touchant car je trouve qu’ils nous accordent de l’importance. »

Le football féminin commence à prendre de l'ampleur et de l’engouement au Burkina Faso. La présence actuelle d’une douzaine de clubs dans lesquels jouent au moins plus de 25 filles, affiliées à la Fédération en est une preuve ; de même que l’ancien gardien des Etalons que nous avons rencontré au terrain SONABEL lors de l’entraînement des Princesses. John Pardavant aime les matchs de filles et pense que le football féminin a de l’avenir au Burkina vu la passion des joueuses. « Depuis que j’ai arrêté de jouer en 1985, je viens aux entraînements mais c’est surtout les matchs de filles qui m’intéressent. » Aussi, la présence remarquable des supporters à l’entraînement prouve les efforts de sa promotion.

Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Il existe d’énormes problèmes qui handicapent son évolution. Malgré ce nombre de clubs, il existe peu de femmes qui dirigent des structures féminines ou qui entraînent. Elles hésitent à s’investir dans le domaine par peur du poids socio-culturel, de leur morphologie ou encore d’autres difficultés. Nous avons recueilli l’avis de certains joueurs en pratique. Rares sont ceux qui croient en l’avenir du football féminin. Il y en a certains qui y croient. Comme ce jeune joueur de 25 ans, Youssouf Fanda, 1 m 66, alias Maçon de l’équipe de l’AS SONABEL (Société Nationale d’Electricite du Burkina). Cette équipe de ligue 2 joue la montée : « C’est bien qu’une femme pratique le football, sur le plan santé c’est bien et cela présente plein d’avantages. Mais ici, au Burkina, elles n’ont pas beaucoup de compétitions après l’élimination au tournoi des 5 nations, ceci a découragé beaucoup d’entre elles ».

Le tournoi des 5 nations qui regroupe le Burkina Faso, le Mali, le Bénin, la Côte d’ivoire et le Togo, représentait un espoir mais celui-ci a pris du plomb dans l’aile suite à la mutation de Marguerite Karama, diplomate de carrière et première femme dirigeante d’un club. A la base, l’objectif de ce tournoi des 5 nations était de s’étendre à un maximum de pays pour permettre de créer une sorte de Ligue des champions du football féminin. Grâce aux informations recueillies chez nos interlocuteurs comme le chargé du football féminin et certaines joueuses, le tournoi était soutenu par l'UNICEF depuis sa création et fournissait les prix. Pour la première fois, la FIFA s'est impliquée en 2005 en fournissant du matériel. Autant d'appuis importants de la part des instances mondiales qui ont facilité la bonne organisation et la popularité grandissante du tournoi. Tout comme le Président de la Fédération Burkinabé de Football Zambédé Théodore Savadogo, Monsieur Zongo Abdoulaye, Président de la Commission de football féminin au niveau de la Fédération, n’a pas omis de mentionner certaines de ses difficultés. Parmi elles figurent le décollage timide de cette pratique lié au poids socio-culturel, le manque de sponsors, l’arrêt du tournoi des 5 nations et bien d’autres. La subvention à hauteur de 15 millions CFA par an pour la promotion du football contribue essentiellement à l’organisation du championnat national, selon Zongo Abdoulaye. « Cette somme est repartie entre les déplacements des équipes, les soins, les primes de matchs,.... Les recherches de sponsors sont toujours vouées à l’échec car les Burkinabés s’intéressent peu au football féminin. »

Après avoir remporté le trophée du tournoi des 5 nations en 2006, Les Princesses du Burkina ont fait honneur au football féminin africain en sortant grand vainqueur du tournoi international triangulaire de la ville de Sienne en Italie. L’équipe du Burkina a battu en finale l’ASD Siena, l’équipe de la ville hôte sur un score de 2 à 1. Ce tournoi qui s’est déroulé du 28 au 30 mai 2008 avait été organisé par la communauté de Sienne en Italie. Il devait servir de cadre de plaidoyer pour le football féminin. Pour l’octroi de cette coupe du tournoi triangulaire, selon Abdoulaye Zongo qui était le chef de la mission à la tête d’une délégation solide composée des 20 personnes de l’équipe, a quitté Ouagadougou avec peu d’argent en poche. « Seul le département de tutelle a accordé une aide financière de 300 000 F CFA aux voyageurs. Cela aurait largement suffit si cette somme n’avait pas été entièrement engloutie dans l’achat de chaussures de seconde main et de protèges-tibia. Il fallait faire avec un équipement vieillissant. De vieux ballons, de vieux maillots, de vieux survêtements. »
Tout comme Diane Kationo et Zongo Abdoulaye, Zeba Issiaka, entraîneur des Princesses, a levé le voile sur les problèmes rencontrés par les clubs féminins. « Les subventions qu’apporte la FIFA aux associations nationales de football étant insuffisantes, les clubs féminins n’existent qu’à travers la passion des joueuses pour la discipline et par nos propres poches », confie le sélectionneur de l’équipe qui affirmera sa propre implication annuelle à hauteur de 8 millions CFA pour la survie de l’équipe. « Après le départ de Mme Karama, je me suis investi personnellement et je crois à un bon avenir pour le football féminin d’ici une décennie. »

Ces différentes contraintes énumérées plus haut mettent l’avenir de ce football en sursis. Les joueuses du Faso cherchent à tenter leur chance ailleurs tout en changeant de nationalité. Pour exemple : 5 joueuses des Princesses et d’autres équipes burkinabé jouent actuellement en Guinée Equatoriale avec leur nationalité », nous confie Zongo Abdoulaye de la Commission du football féminin au Burkina Faso.
Diane Kationo, ses coéquipières comme d’autres joueuses du Burkina et du Mali, à 1 000km de Ouagadougou, continuent de braver les préjugés et les discriminations de la société pour réussir.

Parlant de l’avenir du football féminin au Burkina Faso, l’ancienne capitaine des Princesses Diane Kationo se montre hésitante : « Il ne faut pas qu’on se voile la face, sans sponsors, sans l’aide de bonnes volontés comme celles de Madame Karama, l’avenir du football féminin au Burkina aura de la peine à se développer. Cet avis est partagé par Alima surnommée Ama, actuelle gardienne de but des Princesses.
Aux dires du Président de la Fédération, son équipe s’atèle actuellement à une politique nationale visant à promouvoir le football féminin. « Cette politique consistera à multiplier et à décentraliser les compétitions de jeunes filles pour que la relève soit assurée. »
Pour chacun de nos interlocuteurs, la Coupe du monde 2010 en Afrique signifie beaucoup. On demande aux Africains de faire une meilleure organisation.

L’image du continent en dépend mais peut-être aussi l’avenir et le développement de toute la filière, y compris du football féminin.


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