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Gris-gris en Afrique du Sud

Crédit : Anne Mireille Nzouankeu / Twenty Ten

Associated features: African magicians (Text feature), Muti or Technique? (English text), Ways and Means (Photo feature), Did Juju help? (Text feature) and African magic and football

Date: 07 juin 2010

Lieu : Johannesburg, Afrique du Sud

Muti ou technique? Cette Coupe du Monde

Résumé de l’article : en Afrique du Sud, les guérisseurs traditionnels appelés sangoma accompagnent les populations dans tous les aspects de leur vie : réussite professionnelle, consolidation du foyer, investissements. Pour une victoire dans un match de football par exemple, ils proposent plusieurs solutions, parmi lesquelles, des potions qui détournent l’attention du gardien de but ou qui fatiguent l’adversaire.

Mots clés : sangoma, muti, 2010, football, magie, gris-gris, coupe du monde, Afrique du Sud, match, fifa, médecine

Langue : Français

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Texte :

La Fifa autorise la médecine traditionnelle
En février dernier, la Fédération internationale de football association (Fifa), a organisé une conférence internationale de la médicine du football à Sun City, au nord de Johannesburg.

De commun accord avec les médecins des 32 équipes participantes à la coupe du monde, les équipes africaines ont été autorisées à recourir à des tradi-thérapeutes lors de la coupe du monde de 2010, à la condition que les produits dopants ne soient pas prescrits aux footballeurs. Michel D’Hooghe, le président de la commission médicale de cette association a recommandé que la médecine traditionnelle ne contribue qu’au « renforcement spirituel des joueurs».

Au marché de Faraday, à Johannesburg, cette nouvelle est bien accueillie par les sangoma, c’est-à-dire les guérisseurs traditionnels. Tous ceux qui ont été contactés pensent qu’il s’agit là d’une reconnaissance de leurs us et traditions car, en Afrique du Sud, un sangoma est à la fois un conseiller, un guide et un thérapeute.

« Les gens viennent nous voir pour trouver du travail, pour stabiliser leur couple, pour avoir un enfant et même pour gagner un match de football », explique Maureen Ngcobo, une sangoma installée dans ce marché.

800 rand pour gagner un match de football
Sur les étals des commerçants du marché de Faraday, on peut voir des écorces, des racines, des feuilles séchées, des poudres ainsi que des huiles de boa, de python et d’hippopotames. On y retrouve aussi des squelettes et des peaux séchées de serpents, de panthères et d’autres animaux et même des cadavres de vautours et de chauve-souris. Ces éléments servent d’ingrédients aux sangoma pour préparer des potions soignantes appelées « muti ».

Maureen Ngcobo, âgée de 38 ans, dit avoir été initiée par sa mère il ya quatre ans. Elle explique qu’avec 800 rand (environ 86€), elle est capable de transformer le piètre footballeur en un buteur hors pair : « On peut me donner la moitié du montant demandé et le reste après avoir obtenu le résultat », explique-t-elle pour marquer son assurance. Le traitement commence par des bains de purification car « Il y a des gens qui ne réussissent pas à cause de la malchance », révèle-t-elle. Ces bains sont préparés à base d’un mélange d’écorces ocres, rouges et jaunes qu’elle appelle « Siklanta », un terme zulu qui signifie « une plante qui favorise la chance ». La sangoma donne ensuite une huile appelée « Issimorgno’o », avec laquelle le patient va s’oindre en formulant ses vœux. Ce liquide dont le nom signifie en français « huile porte-bonheur », est supposé attirer les faveurs des ancêtres sur l’individu pour l’aider à réaliser ses souhaits. Pour consolider le traitement, Maureen protège son patient en lui faisant des scarifications sur les genoux, le front et les sourcils à l’aide d’une lame de razoir. Dans ces ouvertures faites sur la peau, elle met une poudre appelée « Issitafou ». La sangoma précise qu’il ne s’agit là que de la face visible du traitement car le plus gros du travail se fait spirituellement, par des esprits mystiques.

Des potions pour détourner l’attention du gardien
Joseph Moloi, qui a joué de 1990 à 1993 à « Val professinals », une défunte équipe de football d’Afrique du Sud, raconte qu’à son époque, il y avait des potions pour détourner l’attention du gardien de but. A l’approche du footballeur qui porte le « muti », le gardien a des hallucinations et pendant qu’il croit par exemple voir un animal, le joueur peut tranquillement envoyer le ballon dans les filets. L’hallucination peut aussi lui faire voir plusieurs ballons alors qu’il n’y en a qu’un. Moloi ajoute cependant que les « muti » ne sont efficaces que lorsqu’on y croit.

Mkhwanazi, vendeur d’écorces à Faraday market propose une autre potion faite à base de plantes dont il ne connaît pas le nom en Français. « Je prépare une composition appelée « Ntélihisi ». C’est une décoction de « toumatitibala » et de « nkounwehini ». J’asperge le mélange obtenu sur les maillots des joueurs pour fatiguer leurs adversaires », dit-il. Il précise que ce sont les petites équipes des championnats locaux qui viennent prendre cette potion, et avoue n’avoir jamais travaillé pour les Bafana Bafana, l’équipe nationale d’Afrique du Sud. A ce traitement, il ajoute des poudres que les footballeurs doivent mettre dans leurs godasses.

Le sangoma, initié dès l’âge de dix ans par sa tante, explique que les ingrédients qui entrent dans la composition de ces poudres varient selon que l’on soit attaquant, défenseur, milieu de terrain ou gardien de but.

Monghani, un autre sangoma, utilise le « Spandja ». Il s’agit d’un bracelet en peau de chèvre. Selon lui, ce bracelet sert de connection avec les ancêtres de qui il tient ses pouvoirs. Le footballeur peut dissimuler ce bracelet sur lui ou le mettre à sa cheville. Lorsqu’il reçoit une bonne balle ou au moment de tirer un pénalty, il invoque le génie de ce bracelet qui lui vient en aide. Avant le match, le joueur doit également faire des fumigations. « Lorsque la fumée s’élève vers le ciel, le patient émet ses vœux qui seront alors réalisés », affirme Monghani. Ce sangoma déclare qu’il communique avec l’esprit de Dieu et avec ses ancêtres qui lui donnent des instructions : « Parfois, quand je dors, je rêve de mon défunt père qui m’aide à résoudre les cas difficiles », confie-t-il.

Bull Lshoko, un ancien joueur de Vaal Pros, explique que très souvent, c’est le président du club qui amène les footballeurs à faire certaines pratiques : « Dans une équipe sud africaine que je connais, le président du club amenait un sangoma qui allumait un feu de bois, y mettait le muti et demandait à chaque joueur de sauter par-dessus ce feu. Cette pratique était supposée favoriser la chance et, parfois, l’équipe gagnait, mais, d’autres fois, elle perdait. Quand un footballeur est dans une équipe, il doit faire ce que le groupe veut, même s’il n’y croit pas », conclu-t-il.


Les joueurs ne respectent pas les consignes
Malgré toutes les formules proposées par les sangomas, l’Afrique du Sud n’a jamais gagné une coupe du monde de football. Les avis ne s’accordent pas sur les raisons de cet échec. Pour certains, quelle que soit la puissance du « muti », il faut respecter les instructions pour obtenir les résultats escomptés, « et les joueurs ne le font pas toujours », selon Khiboane, un médium rencontré à Faraday le 5 juin dernier. Il explique qu’il ya des joueurs qui ne respectent pas la posologie, qui sautent certaines étapes du traitement ou qui ne pratiquent pas l’abstinence sexuelle requise pour la réussite du traitement.

Pour Joseph Moloi, ancien footballeur sud africain, « les équipes occidentales sont les meilleures car le football est d’abord technique. Un enfant qui ne sait par exemple pas lire ne pourra pas le faire quelque soit le muti qu’il utilise. Il faut donc maîtriser la technique du football et le muti ne viendra que renforcer le potentiel du footballeur. Les Blancs sont plus expérimentés que les Noirs, ils ont commencé à jouer au football bien longtemps avant nous, ils ont l’expérience, la connaissance et les moyens de bien se préparer pour la coupe du monde », conclue-t-il.

Muti ou technique ? Cette Coupe du Monde est encore une occasion pour confirmer lequel des deux conduit à la victoire.



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